Une balle dans le pied

     Depuis maintenant quelques années, la NBA prend carrément de l’ampleur; sur le marché du sport en général, sur le marché basket surtout, et même dans la pop-culture (pas besoin d’être fan de sport pour parler NBA). Le tout grâce à un marketing très bien géré, des stars charismatiques par grappes de douze, un jeu plus basé sur le spectacle que le cerveau, attirant ainsi plus de badauds qu’un sport où il faudrait absolument connaitre les règles par coeur pour y comprendre rien qu’une action.

                  

     Face à ça, la FIBA était un peu K.O., sans compter la guéguerre avec l’ULEB en début de décennie dernière. Mais l’organisation internationale a repris du poil de la bête, forgeant son identité de jeu, se posant en alternative quasi-officielle de la NBA, cherchant d’autres parts de marché, attaquant les “niches”; et ça a plutôt bien marché si on regarde l’aspect sportif et la décadence de Team USA depuis Sydney 2000.

     Alors forcément, avec les problèmes de riches en NBA et le lock-out stupide, la FIBA ne pouvait qu’en sortir grandie, étant la seule attraction basket pour les fans.

     Mais non. En étant d’accord pour que les NBAers jouent dans les équipes européennes puis partent une fois le lock-out terminé, la FIBA a en fait accepté d’être pris pour un paillasson géant, de se faire marcher sur les pieds en disant “merci”, de se faire chier dans la gueule, et encore d’autres joies que vous pouvez retrouver sur n’importe quel site porno.

                                                                    Entre autres

     Comment la FIBA espère-t-elle être crédible, si des dizaines de joueurs NBA viennent jouer juste en attendant que leur ligue reprenne? L’Euroligue et toutes les autres ligues nationales sous le giron FIBA sont rabaissées au rang de ligues de remplacement; les meilleures ligues européennes (comme l’Espagne) et l’Euroligue ne sont pas, même pour leur “mère”, l’égal de la NBA.

     Pour rester dans la poésie, c’est un peu le mouchoir en attendant une nouvelle copine.

     Mais la dévalorisation de la FIBA n’est pas l’unique problème de cet accord: que des NBAers viennent jouer en Europe, soit; mais qu’ils ne viennent qu’une partie de la saison, d’un point de vue sportif, c’est pas génial. L’an dernier, Jasikevicius, en signant à Vilnius, avait permis à son équipe de se qualifier de justesse pour le Top 16 de l’Euroligue (aux dépends de Cholet)… pour partir 2 semaines plus tard dans un club qui lui offrait plus d’argent et une vraie chance de gagner un titre. Résultat, Vilnius s’est fait démonter dans un tournoi où Cholet aurait pu faire quelque chose, ou au moins engranger de l’expérience, mais en tout cas, tenir la place qu’il méritait.

     Imaginez maintenant le championnat turc, où le Besiktas sera a priori dominateur. Une fois un accord sur le CBA signé, D-Will et Kobe repartiront chez eux pour et laisseront le club stambouliote en plan. Non seulement le roster aura besoin d’un remaniement (nouveaux leaders, nouveaux titulaires, besoin de quelques mecs pour faire le nombre) mais le niveau de l’équipe s’en ressentira carrément, et on se retrouvera avec un championnat faussé, soit parce qu’une équipe aura tout écrasé une moitié de saison avant de finir dans le milieu de tableau, soit parce que cette même équipe réussira à sauver les meubles, à gagner le titre (et le ticket pour l’Euroligue) alors qu’ils ne le méritent pas réellement.

     Et si vous me ramenez l’argument comme quoi tout le monde (enfin toutes les équipes) auront des renforts venant d’outre-atlantique, et que donc quand les joueurs partiront, ça ne changera pas tellement l’équilibre entre les clubs, c’est encore pire! Ça voudrait dire que l’Europe serait devenue quelque temps une ligue américaine, avant de redevenir une ligue européenne; deux saisons en une seule, et un bon gros bordel au final.

     Bref, on a connu la FIBA plus combative et fière de soi. Là on sent comme un manque de confiance en soi, qui n’a d’ailleurs jamais lieu d’être.

     En plus de ça, que ce soit pour une saison entière ou une pige d’une durée incertaine, je vois d’un très mauvais œil l’arrivée en masse des joueurs NBA en Europe.

    

                                                        Enfoirés d’immigrés!

     On nous avait déjà fait le coup l’an dernier avec Iverson: les démagos promettaient que ça allait attirer l’attention sur le championnat turc, l’Eurocup, et par extension le basket en Europe. Et ben, que dalle, comme on aurait pu le prévoir: les mecs ont regardé les résumés (ou sont allés dans les salles) pas pour voir du basket, mais pour voir Iverson. Une rockstar en tournée. Le reste de l’équipe n’étaient aux yeux de ces faux fans que des intérimaires, des mecs pour faire passer le temps entre deux apparitions de la fausse perle du basket US.

     Là c’est la même chose: citez moi un joueur du Besiktas autre que Deron Williams (et Kobe si ça se confirme). J’ai tout mon temps. Forcément vous en trouvez pas: le fric (puisque c’est ça qui attire les NBAers comme la bière pour les limaces) aurait été à Fenerbahçe, à l’Efes Pilsen, à Banvit ou au Galatasaray, ça n’aurait rien changé; les clubs sont devenus interchangeables, ce ne sont que des noms. Tout ce qui compte, ce sont le temps de jeu et les stats des joueurs préférés. Un résultat d’une équipe sera vite mentionné, avant de déballer les perfs des stars. Pas forcément parce qu’elles auront joué un rôle majeur: AI tournait à environ 0.2 point et -1 passe par match, mais la presse sportive n’avait d’yeux que pour lui. Un joueur turc aurait fait le match de sa vie, portant la team sur ses épaules, battant le buzzer au bout de 3 prolongations contre une équipe rivale, ça leur en aurait touché une sans bouger l’autre.

     C’est une sorte d’effet tunnel: que les mecs jouent à Istanbul, Moscou, Nancy, Londres, ou Pékin, ce qui comptera, c’est leurs stats à eux. L’attention se déplace uniquement de lieu, pas de sujet.

     Dernière chose, et je trouve que c’est la plus importante: j’ai toujours considéré qu’il y avait deux sortes de jeu, et donc de sortes de joueurs. D’un côté, le basket NBA (1vs1, spectacle, basé sur le physique et l’athléticité; LeBron James, Kobe Bryant, Dwyane Wade…), et de l’autre, le basket FIBA (jeu collectif, QI basket, tactique; Dirk Nowitzki, Milos Teodosic, Boris Diaw…).

     Des ricains comme Marquez Haynes peuvent s’adapter au basket européen: ils n’ont pas l’ego ni le talent pour imposer leur style de jeu. Même si en Pro A c’est différent, puisque niveau du jeu on a droit à une NBA du (très très) pauvre.

                                                      Extrêmement pauvre, même

     Un joueur NBA esseulé arrivant dans une grosse écurie d’Euroligue, là aussi, devra s’adapter aux coutumes de la région, dirons-nous.

     Mais… une arrivée massive de gros joueurs NBA dans des équipes plus ou moins modestes d’Europe, ça risque de pas le faire. Deux joueurs NBA au gros contrat et l’ego qui va avec, ça impose le respect… et ils imposent leur jeu. Ça m’étonnerait que (encore une fois) Kobe et D-Will se plient aux volontés du coach et aux habitudes du basket européen.

     C’est une identité de jeu qui risque de partir en couille; sans compter les précédents titulaires qui perdent leur place parce que des milliardaires sont pas d’accord sur le pourcentage de l’augmentation de salaire sur la quatrième année de contrat si le joueur est blessé 3 mois l’année d’avant, le tout portant sur un salaire à 7 chiffres. L’aspect sportif avant tout…

     Les piliers de l’équipe sont pris pour des cons, à se faire remplacer par des gamins capricieux, avant de retrouver leurs places dès le caprice fini. On peut voir arriver à des centaines de kilomètres les frustrations, les tensions, les rosters qui implosent, et encore une fois, le gros bordel que ça peut créer.

     Là-dessus aussi, quelque part, c’est la FIBA qu’a fait le con. Si la décision avait été prise de ne pas accepter le départ des US dès le lock-out terminé, les bases des contrats auraient été plus saines, le marché plus clair, les ambitions itou, ainsi que les hiérarchies à l’intérieur de l’équipe.

     Déjà que la NBA, la presse et la Pro A ne rendent pas la tâche de la FIBA facile, si en plus elle commence à se saborder…

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